Résumé
Des moments de vie qui résument des existences. A travers des épisodes clés, l’auteure parvient à raconter des destins, des traumatismes, des occasions manquées. Ces héroïnes apprennent à vivre avec leur déception, leur erreur, leur perte. Des années 30 aux 90’s, Alice Munro traverse les époques et les espaces canadiens pour nous offrir des récits hors normes et à la fois terriblement réalistes.
A noter : les nouvelles 2, 3 et 4 reprennent la même héroïne et décrivent les trois évènements décisifs de sa vie. Pour ma part, ma nouvelle préférée est sans conteste Subterfuges, un vrai bijou ! Seule petit bémol, la dernière nouvelle est un peu floue et laisse comme un goût d’inachevé.

Mon avis
En lisant ces nouvelles, on voit ces femmes plus qu’on ne les devine. Elles ne sont pas exceptionnelles. Ni méprisables, ni louables, elles sont vraies. Et Alice Munro ne les ménage pas. Lorsqu’elle décrit des moments heureux, c’est en général pour mieux en souligner la nostalgie future.
L’auteure s’attarde sur la cruauté de la vie, la vieillesse, la trivialité, la mort, l’incompréhension familiale... et a une prédilection pour les occasions loupées qui font basculer toute une vie dans le malheur. En un mot, Alice Munro s'intéresse surtout aux drames quotidiens qui façonnent les existences. Et elle le fait vraiment bien...

L’auteure s’efface complètement pour laisser toute la place à ses personnages et ne tombe jamais dans l’explicatif. Loin de là même, bien souvent, elle nous laisse sans réponse, dubitatifs. C’est une vraie leçon d’écriture.

Extrait
Quand Pénélope eut treize mois, Juliet l’emmena en avion à Toronto, puis pris le train. C’était en 1969. Elle descendit dans une ville distante d’une trentaine de kilomètres de celle où elle avait grandi, et où Sam et Sara vivaient encore. Selon toute apparence le train ne s’arrêtait plus là-bas.
Elle fût décue de descendre dans cette gare qui ne lui était pas familière et de ne voir pas réapparaître, aussitôt, les arbres, les trottoirs et les maisons qu’elle se rappelait - puis, très vite sa propre maison, la maison de Sam et Sara, spacieuse mais quelconque, avec à n’en pas douter, sa même peinture blanche cloquée et miteuse, derrière le feuillage généreux de son érable.
Sam et Sara, dans cette ville où elle ne les avait jamais vus, souriaient mais étaient inquiets, diminués. (p. 104)

Thématique :
Des nouvelles...

Fugitives, Alice Munro, trad. J. Huet et J.-P. Carasso, coll. Points, 2009, 384 pages.