Mon avis
Véritable hotte du père Noël, ce roman se renouvelle à chaque passage. Si beaucoup considèrent l’œuvre kafkaïenne comme un univers complexe, comme une littérature réservée aux seuls initiés, c’est certainement qu’ils veulent se réserver ce paradis imaginaire comme un jardin secret, je ne vois pas d’autre explication. Pour moi, Le Château est une sorte de récit magique capable de s’adapter aux envies, à l’état d’esprit de son lecteur. La première fois que je l’ai lu, j’y ai vu un univers cauchemardesque inédit, une autre fois, une quête d’immortalité et la dernière fois, situation professionnelle précaire oblige, la métaphore du passage de la vie étudiante à la vie adulte et toutes les difficultés qui s’en suivent. Bien sûr certains diront que c'est avant tout la métaphore d'une administration tentaculaire, exarcerbée, qui ronge nos libertés humaines mais c'est justement pour cela qu'il peut être lu tour à tour comme un roman d'épouvante, comme un récit réaliste ou comme un conte farfelu digne d'un Tim Burton !

Oui, c'est un livre terriblement personnel car si on dit de toute œuvre que chaque lecteur apporte un sens nouveau, je crois que ça n'a jamais été aussi vrai qu’ici. Le Château répond à mes attentes, à toutes nos attentes, conte de noël, conte philosophique, roman policier, d'aventure et d'amour le tout dans une unité faite de neige et de maisons de pierre avec en arrière plan ce château si énigmatique et prévisible qu’on le croirait tout droit sortit du Roi et de l’Oiseau...

Une véritable histoire sans fin, au sens propre comme au sens figuré, qui mêle habilement l’étrange et le trivial. L’absurdité de l’administration se heurte à la volonté réaliste du personnage principal d’atteindre le but qu’il s’est fixé le tout dans une société marquée par une théâtralité grotesque qui nous fait vaciller entre rire et désespoir.

Extrait
C’était tard le soir, lorsque K. arriva. Le village était sous la neige. La colline du Château restait invisible, le brouillard et l’obscurité l’entouraient, il n’y avait pas même une lueur qui indiquât la présence du grand Château. K. s’arrêta longuement sur le pont de bois qui mène de la route au village, et resta les yeux levés vers ce qui semblait être le vide…

Thématique
Sélection de noël

Le Château, Franz Kafka, traduction de Bernard Lortholary, éd. GF Flammarion, 384 pages.